#54 · Une pluie sans précédent de sanctions économiques contre la Russie

Les démocraties y sont allé très fort dans les sanctions économiques contre la Russie. Leurs effets seront catastrophiques pour l'économie russe.

#54 · Une pluie sans précédent de sanctions économiques contre la Russie
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Comme je l'écrivais il y a quelques jours, la guerre déclenchée par la Russie contre l'Ukraine va avoir des coûts économiques faramineux. Pour l'Ukraine, pour l'Europe et le reste du monde — mais aussi pour la Russie. Au-delà du coût de la guerre en lui-même pour les finances publiques russes, les démocraties ont fait pleuvoir sur la Russie une pluie de sanctions économiques sans précédent. J'aimerais faire le point sur ces sanctions.

Il y a tellement eu de sanctions que l'objectif de ce nouveau numéro de la newsletter n'est pas d'en tenir une liste. Elle serait longue et nécessiterait un travail de mise à jour permanent. L'objectif de ce numéro est de vous donner un panorama général des sanctions et de leurs effets possibles (voire déjà observés) sur l'économie russe.

De manière générale, ces sanctions sont massives et catastrophiques pour l'économie russe. Certaines ont déjà eu des effets, d'autres n'en auront qu'à moyen et long terme. Je l'ai déjà écrit dans le précédent numéro, je l'écris à nouveau dans celui-ci : l'économie russe entre dans une catastrophique phase de contraction. Elle est pour le moment estimée entre 7% et 15% pour 2022. 7%, c'est l'équivalent de la chute du PIB français pour 2020 du fait des confinements. 15%, c'est une pulvérisation de l'économie russe. Sauf que dans le cas de la Russie, il n'y a pas de déconfinement en vue — et donc, de rebond. Bien au contraire.

La première grande série de sanctions concerne les transactions en dollars. La quasi-totalité des transactions en dollars dans le monde passe par la Federal Reserve de New York. Le gouvernement américain a ainsi décidé d'interdire à plusieurs grandes banques russes l'accès à la Federal Reserve de New York — et donc de faire des transactions en dollars. Concrètement, cette interdiction va drastiquement compliquer le commerce entre la Russie et le reste du monde. Mais ça n'est pas tout.

La deuxième grande série de sanctions concerne l'interdiction d'exporter un certain nombre de produits vers la Russie — et en particulier, les semi-conducteurs. La Russie n'a pas de véritable filière locale de semi-conducteurs, or les semi-conducteurs sont partout. Le constructeur automobile Lada a par exemple été contraint d'arrêter ses chaînes de production parce qu'il ne peut plus se fournir en semi-conducteurs.

Cette interdiction va sévèrement ralentir l'industrie russe — et, dans certains secteurs, sans doute l'arrêter définitivement. L'industrie militaire russe va être sévèrement touchée, car il y a des composants européens, asiatiques et américains dans les armes russes les plus récentes. Non seulement cette interdiction va compliquer la construction de nouveau matériel militaire, mais elle va également compliquer la maintenance du matériel existant. L'armée russe étant objectivement une menace pour la stabilité du monde, l'empêcher de nuire en lui coupant les vivres me paraît être une idée raisonnable.

L'industrie pétrolière russe va elle aussi très certainement souffrir de cette interdiction — ce qui laisse à penser qu'il ne sera pas nécessaire d'interdire l'achat de pétrole russe pour dégrader son secteur pétrolier, qui représente le cœur de son économie.

Bien sûr, la Russie pourrait construire une filière nationale de semi-conducteurs. Mais c'est une tâche gigantesque, qui prendra des années, si ce n'est des décennies. Il faudra financer l'émergence de cette filière — et on se demande avec quels moyens. La question se pose également de savoir s'il y a suffisamment de travailleurs compétents pour l'alimenter : vu la fuite des cerveaux constatée depuis plusieurs années, et que la guerre en Ukraine a encore accélérée, on peut sérieusement en douter. Mais ça n'est pas tout.

La troisième sanction concerne l'interdiction qu'ont désormais certaines banques russes d'accéder au fameux réseau SWIFT. SWIFT est un système de messagerie qui simplifie les paiements entre banques situées dans des pays différents. Couper l'accès à SWIFT ne va pas empêcher stricto sensu les transactions bancaires entre la Russie et le reste du monde, mais va sérieusement les compliquer.

SWIFT a un fonctionnement complexe et il ne s'agit probablement pas de la sanction la plus simple à mettre en place. En outre, ses effets sont sans doute moins dévastateurs que l'interdiction de faire des transactions en dollars ou le gel des avoirs de la banque centrale russe — que je vais aborder un peu plus bas.

Reste que c'était une sanction symbolique très forte, d'autant plus qu'elle a été intensément demandée par les ukrainiens. Mais ça n'est pas tout.

Il reste en effet une dernière série de sanctions : le gel des actifs de la banque centrale russe par les autorités américaines, européennes et d'autres pays. Le gel des actifs de la banque centrale russe est, et de très loin, la plus dévastatrice de toutes les sanctions. Seule une interdiction de l'import d'hydrocarbures russes aurait un effet encore plus catastrophique sur l'économie russe.

Les actifs désormais gelés de la banque centrale russe ont été péniblement accumulés par cette dernière depuis 2014, dans l'objectif d'atténuer les effets d'éventuelles sanctions économiques. L'idée était de constituer une "forteresse économique" russe. Le gel de ces actifs, ça n'est rien de moins que faire sauter cette forteresse économique. Vous vous doutez que les effets de cette sanction seront dévastateurs pour l'économie russe. Pour les effets qui se sont déjà manifestés, ils sont en effet dévastateurs.

Dans la mesure où le gel des actifs de la banque centrale est une sanction particulièrement dévastatrice et qu'elle nécessite un certain nombre d'explications pour bien en comprendre la portée, les mécanismes et les effets, j'ai décidé de l'aborder dans un prochain numéro qui lui sera dédié.

Si vous avez trouvé ce numéro utile et que vous en avez les moyens, merci à vous d'envisager de me soutenir financièrement et ainsi de me rémunérer pour mon travail sur la guerre en Ukraine en devenant membre Plus. Je vous en serai très reconnaissant. Merci à celles et ceux qui m'ont déjà apporté leur soutien.

À très vite pour le prochain numéro,
Olivier

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